Témoignages d'éleveurs

Nicole VERNOUX 

transmettre son exploitation fermière en Charente Maritime

L'exploitation


Reprise : 30 chèvres, 950 kg de lait/chèvre/an, vente sur les marchés (80 %), 1 UMO + 1 bénévole à ½ temps.

Projet : 40 chèvres, 1 UMO + 1 salarié à ½ temps, construction d’une chèvrerie et d'une fromagerie.

Reprendre Nicole, célibataire sans enfant : « Je ne pensais pas m’arrêter si rapidement, je ne serai d’ailleurs à la retraite qu’un an après ma cessation d’activité. C’était quand même un projet que j’avais et qui s’est mis en place progressivement avec l’arrivée de Mélanie. Je ne souhaitais pas non plus retirer beaucoup d’argent de cette reprise. Avec le parrainage, pas d’assurance à avoir, pas de salaires à verser et du temps pour préparer la reprise. Pour moi, l’important, c’est que l’activité pour laquelle j’ai travaillé pendant plus de 30 ans continue… ».

Mélanie, célibataire, 1 enfant : « Mes parents ne sont pas agriculteurs mais j’ai toujours été attirée par l’agriculture et les chèvres. Je ne me destinais pas particulièrement à l’installation. Un jour, mes finances m’ont permis d’imaginer une autre vie. Je suis partie en formation caprine à Melle et le hasard des rencontres, des stages, … m’a amenée chez Nicole. Le fonctionnement de cette exploitation correspond à mes valeurs. Le respect de la nature et de l’homme, le lien de proximité avec les clients, le voisinage… Le projet d’installation a alors débuté.
En 2004, je suis allée en formation BPREA à Melle (79). J’ai rencontré Nicole en février 2005 et ai travaillé chez elle pendant l’été pour faire connaissance et voir ses méthodes de travail. Début 2006, j’ai commencé un stage 6 mois et j’ai enchaîné plusieurs stages et remplacements jusqu’en
septembre 2006. C’est à ce moment-là que nous avons décidé d’effectuer un « parrainage » dans le cadre du PIDIL (Programme pour l'Installation des jeunes en agriculture et de Développement des Initiatives Locales). L’année 2007 a été riche et difficile car j’ai mis en place le projet de reprise :
devis, démarches administratives, étude d’installation. Dans le même temps, il fallait travailler ensemble, préparer la suite ….Humainement, ça nous a apporté beaucoup mais c’est difficile. Les accords, banque et CDOA, sont arrivés fin octobre (enfin …) après de multiples problèmes à régler.
Heureusement, j’ai pu compter sur les conseils d’un ami pour avancer dans la jungle administrative. En décembre 2007, le permis de construire est accordé et je m’installe en janvier 2008. Il ne reste plus qu’à demander les aides financières et construire le bâtiment ».

L’exploitation reprise

Nicole s’occupe amoureusement de ses 30 chèvres depuis une trentaine d’année. André l’épaule dans les tâches les plus dures. Il est installé indépendamment sur une petite surface et fournit à l’élevage de Nicole les aliments nécessaires (fourrages et céréales). La production fromagère est vendue sur les marchés et dans la grande surface localement implantée.
Economiquement : une exploitation efficace
Chiffre d’affaires : 60 000 € (forfait), EBE : 34 000 €,
Valorisation du lait : 2 €/litre, marge nette : 1,1 €/litre
Revenu disponible actuel : 34 000 €, revenu disponible envisagé avec les remboursements d’emprunts et le salarié à payer : 15 000 €.


Stratégie d’investissements et de financements

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InvestissementsFinancements
Reprise (terrain, matériel, animaux, aliments)15 000 €Aides30 000 €
Construction chèvrerie et fromagerie113 000 €Prêts JA110 000 €
Achat matériel (tracteur, voiture)15 000 €DJA15 800 €
TOTAL143 000 €TOTAL155 800 €


« Le parrainage permet de bien connaître l’exploitation, les clients et les artisans locaux (en faisant les marchés). Heureusement que Nicole m’a accompagnée. Elle avait la volonté que l’exploitation soit effectivement reprise ! J’ai aussi beaucoup retiré de l’expérience d’un ami en cours d’installation sur un projet similaire plus avancé que le mien ».

« Il y a eu des « prises de bec » entre nous. C’est difficile, humainement, de travailler ensemble, du jour au lendemain, sans se connaître et pendant 1 an. Il faut faire des concessions ! On en rit aujourd’hui heureusement.
Les démarches administratives sont compliquées et longues. Il y a un manque d’information et d’organisation qui fait perdre du temps.
La banque demande énormément de garantie. Elle a remis en cause le projet alors qu’on pensait être d’accord…c’est stressant.
J’ai bénéficié de l’aide de nombreuses personnes : en plus de l’aide d’un ami qui s’installe, de Nicole et André (son ami), l’architecte conseil, les conseillers de la Chambre d’Agriculture, la Confédération paysanne, l’ADASEA et le point info installation, sans oublier les voisins, présents à chaque fois que de besoin ».


Et si c’était à refaire

« Nous le ferions mais forts de notre expérience, avec quelques changements dans les démarches : Remplir les dossiers plus tôt car il est inutile d’attendre d’être installé ou d’avoir toutes les autorisations pour faire des démarches (devis, aides financières, banques, MSA, …). Il faut anticiper. Tout préparer avant l’étude d’installation et effectuer le passage du dossier en CDOA le plus rapidement possible. Ça nous aurait évité beaucoup de stress à moi comme à Nicole et André ».





Propos recueillis par Sébastien BESSONNET, Chambre d’Agriculture de Charente Maritime